Chers amis,
permettez moi de vous dire quelques mots en ouverture de cette réunion de rentrée de notre Commission.
Cela fait une grande année (déjà !) que j’ai eu le bonheur de vous rencontrer, de m’asseoir parmi vous pour partager vos travaux.
Le temps que nous consacrons à notre mission, nous le faisons tous pour le seul amour de notre langue. La disponibilité plus ou moins grande de l’un ou de l’autre, le cadre de ses activités, son domaine de prédilection en informatique sont autant de caractéristiques qui nous distinguent : heureusement !
Nous travaillons dans un domaine où le vocabulaire nouveau foisonne, parce que souvent le grand public s’en empare.
Je voudrais vous soumettre une poignée de réflexions que j’ai partagées avec Alfred Gilder, Jean Yves Gresser, France Lafargue, mon ami Philippe Renard et quelques autres, dans le seul but de rendre nos travaux plus simples et plus efficaces.
L’objectif de notre Commission doit être d’apporter une réponse à la fois pertinente et rapide à l’usage par les différents « publics » de termes étrangers de l’informatique et des communications.
Le processus
Recueil de termes à étudier et leur étude
Cycle de validation
Publication
prend plusieurs mois, peut prendre même plusieurs années.
Pendant ce temps, l’usage d’un terme étranger peut se répandre (peut aussi ne pas rencontrer de succès) et l’effort pour faire adopter le terme français finalement retenu au sortir de ce processus en sera d’autant plus grand et souvent voué à l’échec.
Il me semble important d’agir sur plusieurs points de ce processus pour une plus grande efficacité, sans remettre en cause les rôles et les organisations impliquées.
Au niveau du recueil de termes à étudier et de leur étude :
Les propositions émanent des membres de la commission, d’autres commissions, ou de la DGLFLF qui demande à la Commission spécialisée de se saisir en urgence d’un terme.
Comment pourrait-on imaginer de multiplier les « sources » demandeuses de traitement d’un terme et pourquoi pas, d’ouvrir l’accès à tout public éprouvant le besoin de disposer d’un terme français en regard d’un terme étranger qu’il rencontre ?
Un travail de préparation important de notre Commission consisterait alors à discriminer les termes à l’ordre du jour de ses travaux
L’efficacité de notre Commission réside pour l’essentiel dans le travail de préparation que fera chacun de ses membres. Les séances où se réunit la Commission ne devraient être que des séances de conclusion, de décision sur telle ou telle proposition, présentée par l’un des membres, mais ne pas donner lieu à l’étude proprement dite d’un terme.
Notre Commission, comme sans doute toutes les Commissions, est constituée de spécialistes de l’informatique et d’experts de la langue. C’est ce qui en fait toute sa richesse. Quant au vocabulaire que nous abordons, aux termes sur lesquels nous travaillons, il reflète aussi souvent ces deux caractéristiques :
- tel mot adresse un objet, un composant, une technologie, très particuliers du domaine, utilisé par des spécialistes
- tel autre mot au contraire dérive d’un mot très général, largement utilisé dans de multiples domaines, et dont l’acceptation dans le domaine de l’informatique est particulière.
Dans le choix difficile des termes que traite notre commission, il me semble important que nous travaillions de façons différentes selon les caractéristiques des termes.
Les mots très spécialisés, qui font partie du vocabulaire des spécialistes du métier (développeurs de logiciels, concepteurs de matériels, techniciens de l’informatique...) ne pourraient ils pas suivre un processus d’analyse particulier comme cela s’est pratiqué traditionnellement :
- traités par un sous groupe restreint de spécialistes de notre commission
- présentés au cours de notre commission par son « parrain » au sein du sous groupe concerné pour validation finale pratiquement sans débat (sauf un défaut de forme)
- publiés en parallèle dans un « dictionnaire » spécialisé à l’image du grand dictionnaire du CEA qu’enrichit la Commission du Nucléaire
Les mots très généraux, à l’opposé du spectre, n’ont pas souvent à être traités par notre commission car souvent, leur entendement dans le domaine de l’informatique « va de soi » pour ceux qui possèdent la définition et le sens du mot général. Pour les autres le débat remonte souvent à la racine même du sens avant d’en aborder l’acceptation dans le domaine informatique, et c’est temps perdu. Quant un tel mot doit être retenu par notre commission, pourquoi ne pas en laisser la préparation du dossier par un membre, son « parrain », et lui donner une « note d’usage dans le domaine informatique » car le terme ou l’expression considéré coulent de source et ne participent pas à l’enrichissement de la langue française.
Les termes que notre Commission doit traiter sont, par définition, ceux dont l’usage s’impose déjà dans différents « cercles » que ce soit le cercle du grand public ou dans des cercles « métiers ». En ce qui concerne les termes qui sont dès l’origine une « marque », notre rôle est, je le pense, de les aborder sans a priori mais de nous efforcer de distinguer
- ceux dont l’emploi a une forme « générique » qui survivra - ou s’imposera - à la concurrence (commerciale, technologique...)
- et ceux qui disparaîtront dès le premier concurrent venu ou dès la prochaine avancée technologique venue.
En ce qui concerne le cadre du vocabulaire que traite notre Commission, le rythme de sa « production », la forme que prend sa transmission à la Commission Générale et à l’Académie, et enfin sa publication, nous organisons notre travail autour d’une liste de termes.
Cette liste est constituée d’un certain nombre de termes retenus en concertation, et qui sont traités au fil de nos réunions.
Une liste ne devrait pas dépasser le cycle d’une année pour être complètement traitée par notre commission ; c’est dire que si nous nous réunissons 5 fois par an et que nous traitons 4 termes par réunion, une liste ne doit pas dépasser 20 termes.
Quant à la transmission à la Commission Générale des termes que nous avons traités, il me semble qu’elle ne doit pas attendre la complétude de traitement de la liste mais plutôt obéir à un tempo systématique tel que, par exemple :
- terme traité à la commission N, dont le traitement figure au compte-rendu de cette commission,
- validation de ce compte-rendu à la commission N+1 et envoi immédiat à la commission générale
Ainsi en l’espace de deux réunions successives de notre Commission, 4 termes en moyenne doivent pouvoir être transmis et un rythme de transmission de 4 termes établi à l’issu de chacune de nos réunions.
Quelques aménagements à ce schéma simple sont sans doute indispensables.
- Des termes peuvent s’imposer au cours du temps, qui ne figurent pas dans la liste ; notre Commission doit s’imposer de reporter un terme de la liste en cours sur une liste ultérieure pour permettre l’entrée de ce nouveau terme.
- Au sein même de la liste certains termes s’imposent par leur urgence sur tout le processus d’étude de validation et de publication. Ceux là bien entendu doivent être étudiés en priorité dans le cycle de nos réunions.
Au niveau de la publication :
Quant à la forme même que nous donnons à nos travaux, elle repose sur le schéma classique, commun à toutes les commissions, propres à la structure d’un dictionnaire (terme, genre, définition, notes,..). Mais tout le travail que notre commission a produit pour aboutir à cette définition, son analyse du contexte d’emploi, sa justification du terme ou de l’expression
retenue, ses ultimes atermoiements devant un choix ou un autre, tout cela est riche d’information et pourrait - à l’image de ce que fait la commission juridique (ex. en annexe) - accompagner systématiquement nos propositions sous la forme d’une note d’accompagnement. Cela faciliterait, en relais, la compréhension de notre travail par les groupes de travail en aval de notre commission.
La Commission devrait pouvoir par ailleurs émettre, au sortir même de ses délibérations, et publier à l’intention du public, une « recommandation » constituée d’un terme et de sa définition élaborée par ses membres. L’important est dans la réactivité de proposition d’un terme, quitte à ce que sa définition soit considérée comme « provisoire » au cours du cycle du processus de validation finale avant publication au Journal Officiel
Dans certains cas une note telle que décrite précédemment - une « recommandation » - devrait suffire, dans le cadre d’une publication immédiate sous le seul imprimatur de notre Commission, à conseiller l’usage du terme français équivalent, sans attendre la fin du cycle complet de validation. Une telle anticipation aurait à mes yeux beaucoup plus d’avantages qu’elle n’aurait d’inconvénients dans le cas d’un refus (rare) du terme ou de l’expression publié.
Au terme de ces quelques mots, je vous souhaite chers amis, une bonne rentrée dans toutes les activités qui vous impliquent. Je souhaite à notre Commission l’enthousiasme et le réalisme sans lesquels rien ne se réalise vraiment. Et je vous propose d’entamer nos travaux de ce jour.
Annexe
Exemple de note d’accompagnement (Commission juridique)
Forum shopping : l’expression est courante, spécialement en droit international privé, où elle désigne la démarche tendant à choisis un tribunal plutôt qu’un autre en vue d’obtenir, à partir de ce tribunal (for) et de la loi qui peut s’ensuivre, une décision plutôt qu’une autre. Fréquent en droit international, elle n’est d’ailleurs pas ignorée en droit interne. Sensible à un rapprochement avec le mécanisme de l’élection à domicile, la Commission s’est prononcée en faveur de l’expression élection de tribunal. Pas plus qu’au sujet de l’élection de domicile, le mot élection n’a paru trop chargé de politique.
Le Cawa d’AdmiNet