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Alerte rouge face aux sables jaunes

Environnement. Pékin subit des tempêtes de plus en plus fortes soufflant du désert de Gobi.

samedi 12 mai 2007

(Source : Liberation - lundi 24 avril 2006)

par Philippe GRANGEREAU

Longbaoshan envoyé spécial

La désertification des environs de Pékin, à l’origine de la fréquence accrue des vents de sable qui balaient la capitale depuis le début du mois, fait beaucoup d’heureux à Longbaoshan, petit village de 800 habitants cerné par des dunes d’une cinquantaine de mètres de hauteur. « Il y a dix ans, on prenait ça pour une malédiction, raconte M. Wang en poussant péniblement son cheval sur les collines de sable. On n’arrivait plus à faire pousser grand-chose, hormis des abricotiers. Mais un militaire de la caserne voisine a tout de suite vu le potentiel. Il a commencé à faire venir les touristes et, depuis, ça n’arrête pas. Maintenant, on gagne plus d’argent que tous les autres villages alentour, moins ensablés. »

Manne touristique. Depuis quelques années, Longbaoshan est devenu une attraction pour les Pékinois, qui n’ont que 80 km à parcourir en direction du nord-est pour se croire en lisière du Sahara. Les paysans proposent des promenades à cheval ou à dos de chameaux mongols, et même des courses de quads ou de buggies à travers les dunes. Le paysage lunaire de Longbaoshan a servi de décor pour de nombreux films et séries télévisées chinoises mettant en scène les troupes impériales repoussant les conquérants mongols.

Aujourd’hui, ce n’est plus toutefois Gengis Khan mais le sable qui menace d’envahir Pékin. La capitale a affronté, ces dernières semaines, de violents vents de sable bouchant l’horizon. Ces bourrasques déposent chaque jour une couche de particules très fines provenant du lointain désert du Gobi. Sans un coup d’essuie-glaces quotidien, les pare-brise des voitures demeurent opaques. Cette calamité, combinée au fléau notoire de la pollution atmosphérique qui affecte la ville, a conduit, la semaine dernière, le bureau de protection de l’environnement de Pékin à décréter l’alerte maximale : le niveau 5, le plus élevé, a en effet été dépassé. Les habitants se sont vus conseiller de sortir équipés d’un masque chirurgical, tandis que les enfants et les personnes âgées étaient invités à rester à l’intérieur.

27 % du territoire chinois est désertique et Pékin est coutumier de ces vents de sable jaune. Mais leur incidence est de plus en plus néfaste. Ils charrient désormais plus de 300 microgrammes de sable par mètre cube et par heure, ce qui est considérable. Ils proviennent de la région nord-ouest du pays, où la désertification ne cesse de progresser. Elle est passée de 1 560 km2 par an dans les années 70 à 2 400 depuis les années 90, selon les chiffres officiels. Quelque 800 kilomètres de rail et des milliers de kilomètres de route sont constamment bloqués par la sédimentation. Dans la zone de Longbaoshan ­ qui fut autrefois une contrée de forêts et de lacs où chassaient les empereurs ­, le sable arrive du Gobi en nuages de 90 000 tonnes chaque année.

Campagnes de reboisement. L’amplification du phénomène a deux causes. La première est climatique et serait liée au réchauffement du plateau tibétain. Mais en Chine, où la pression démographique est importante, le facteur humain a sans doute une incidence déterminante.

Selon l’étude d’un chercheur, Ning Datong, le ramassage du bois de chauffage est responsable de la désertification pour 32 %, l’élevage en pâturage pour 30 % et la culture excessive pour 23 %. A Longbaoshan, devant l’entrée de chaque maison nouvellement bâtie grâce à la manne touristique, s’empilent de gros fagots de bois de chauffage. « Ce n’est que du bois mort », objecte Wang, avant d’ajouter qu’il y en a de plus en plus en raison de l’avancée des dunes, « qui seront bientôt au seuil de nos portes ».

Depuis plus de vingt ans, le gouvernement chinois a fait des efforts remarquables mais stériles pour reboiser cette région aride du nord-ouest de la capitale. Sur les flancs des rudes collines jouxtant Longbaoshan et la ville voisine de Huailai (rebaptisée Shacheng, « ville des sables »), il n’est guère d’endroits sans arbustes nouvellement plantés. Des campagnes de reboisement successives ont mobilisé pêle-mêle écoliers, étudiants, employés de banque, militaires, etc. Même les hauts responsables du Parti plantent symboliquement un arbre chaque année. Mais aucun n’atteint une taille significative. A Longbaoshan, chaque arbuste maigrichon planté par les « gens de la ville » doit ensuite être arrosé, péniblement, par l’eau des puits qui se tarissent. Peu de paysans font l’effort. Les petites citernes d’eau tirées par des chevaux vont plus volontiers irriguer les vergers d’abricotiers que ces pousses inutiles.

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Tempête de sable du Gobi sur la Chine et l’Asie : indice 5, record en 20 ans, 27 x la normale


A heavy haze could be seen in Beijing in August 2007. Two recent reports call for a heightened global effort to reduce carbon emissions. (By Greg Baker — Associated Press)

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